Famille : biologie ou éducation ?

Posted on 15 avril 2008

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La question vient, bien sur, des réactions qu’a suscité il y a quelques mois la volonté de mettre en place les tests ADN pour prouver la filiation des candidats au regroupement familial (autrement dit l’identification par les empreintes génétiques des enfants entrant sur le territoire dans le cadre du regroupement familial : loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, publiée le 21 novembre au Journal officiel). J’écarte d’emblée l’hypothèse que l’on pourrait avoir conçu cette loi pour faire a priori un fichier d’empreintes génétiques de ceux que l’on considérerait comme de « futurs délinquants probables ». Il semble en effet que, comme toutes les règles, celle dite du regroupement familial ait été contournée, et, même si ce n’est pas un signe de grande confiance de la part de ce que l’on voudrait être une grande nation, on peut concevoir que l’on veuille vérifier la réalité de la famille concernée par le regroupement.

Les tests ADN peuvent assurément prouver le lien génétique entre deux personnes, et ce de façon quasi certaine. Aussi surement qu’ils peuvent prouver qu’une touffe de cheveux ou un fragment de peau appartient à telle ou telle personne. Mais de même que prouver qu’une personne (ou une partie de cette personne) était présente à un moment donné à un endroit donné ne prouve pas la responsabilité de cette personne sur ce qui s’est passé là, que prouve le test ADN par rapport à un lien dit « familial » ? C’est une question d’importance car organiser un regroupement uniquement génétique n’aurait sans doute pas les mêmes significations qu’organiser des regroupements familiaux…

Ce lien c’est celui des parents biologiques comparé à celui des parents-éducateurs. Dans certains cas, ils sont identiques, sans ambiguïté. Le parent déchu de ses droits (devrais-je dire de ses devoirs ?), resterait quand même le père ou la mère « biologique ». Ceci tend à montrer que l’on considère, donc, qu’il y a bien une différence.

Dans d’autres cas, la vie fait que les enfants ont un parent en commun et pas l’autre. Prenons un exemple au hasard : moi. La mère de mon premier fils a eu une première fille d’un premier lit, comme on dit. Je ne suis pas le père de la fille, mais mon fils l’appelle sa sœur. J’ai, eu, moi, un deuxième fils d’un deuxième lit, (sans préjuger des circonstances de conception… merci d’être attentifs…), et mon premier fils l’appelle (« aussi ») son frère… L’expression demi-frère ou demi-sœur ne lui a jamais convenu. Ce sont des personnes entières, et pas des demi-personnes. Il fait d’ailleurs partie de la famille de son petit frère quand celui-ci la nomme ou la dessine. L’expression demi-frère est pourtant celle qui correspond à la biologie, à la génétique. Non, pour les enfants, même parent (sans S), même famille. Dans certaines situations, je suis sûr que la vie fait que les mères (ou les pères) recomposent, c’est l’expression consacrée, une véritable famille… Là aussi, la biologie ne rend qu’imparfaitement compte de la vie.

Les enfants adoptés ont, il m’a semblé comprendre, souvent besoin de retrouver leurs « vrais » parents. Parfois, à l’issue de cette quête, lorsqu’ils retrouvent leurs parents biologiques, ils ont deux pères et/ou deux mères. Leur vie a tourné autour des parents « de vie », pas des parents « de sang », mais les deux comptent.

Comme vous l’avez compris, je ne prétends pas ici répondre à la question « Est-ce que cette mesure est une bonne mesure ? ». Par hasard, la HALDE a rendu hier son avis sur la loi suscitée, considérant que plusieurs dispositions, dont le test ADN, étaient discriminatoires. Le Conseil constitutionnel, qui ne contrôle pas la validité des lois aux textes internationaux, n’aurait cependant fait aucune remarque sur les dispositifs que la HALDE évoque dans son avis.

Je voudrais juste pour terminer proposer d’autres façons de voir cette question :

Transmettons nous quelque chose de plus important que nos gènes ?

Droit du sang ou droit d’école ?

Est-on de ceux dont on est né ou de ceux qui nous font vivre ?

Est on le parent de nos enfants parce qu’on les reconnaît comme tels ?

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