Archive de la catégorie «Instruction»
Si l’élève boite, il a tort de boiter
Voilà ce qui arrive quand on a des idées ; on veut faire des méthodes adaptées aux élèves, et le propre des méthodes adaptées aux élèves est que les élèves ne s’y adaptent jamais. Ce n’est pas qu’elles ne soient excellentes, mais il en va de ces excellents systèmes comme des souliers qu’on me faisait faire dans mon enfance ; je trouvais toujours le pied droit trop large : « Il est parfait, me disait le cordonnier, un soulier ne doit jamais gêner », et je trouvais le pied gauche trop étroit : « Tant mieux, m’expliquait-il encore, le cuir prête, il vous ira bien ». Je comprenais que mes pieds avaient tort et je boitais en me sentant coupable. Les souliers auraient dû m’aller. Qui l’eût mieux su que celui qui avait fait la chaussure ! Ainsi le pédagogue chausse l’enfance de méthodes qui sont faites pour elle. Si l’élève boîte, il a tort de boiter.
Alexander Vialatte
(« Chroniques de la Montagne »)
Le professeur et les questions sans réponse
Selon Foerster, l’éducation actuelle le plus souvent détruit le contact avec la réalité. La grande majorité des hommes ne voit pas, non pas parce qu’elle ne peut pas voir, mais parce qu’elle s’accroche aux représentations stéréotypées de la réalité qui lui ont été inculquées ; et elle n’entend pas parce qu’elle n’accepte d’entendre que ce qui correspond à ses idées préconçues.
Ces réflexions sont importantes pour une critique du système d’éducation actuel. Par des questions qui demandent des réponses toutes faites, le professeur enfonce dans la tête des enfants des schémas qui ont pu être un jour adéquats, mais qui sont aujourd’hui dépassés. Ce bachotage ne permet aux enfants de saisir ni le présent, ni le futur, lesquels ont changé et changent constamment de nature.
Le professeur qui attend de ses élèves qu’ils reproduisent un savoir depuis longtemps accepté, mais jamais révisé devrait être remplacé par un type de pédagogue qui pose des questions dont personne ne connaît encore la réponse.
R. Jungk
Au collège Monod, la réussite ne passe pas par les notes
Par Myriam Desvergnes (Etudiante en journalisme) 20H30 13/07/2007
A Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le collège Gustave-Monod se distingue par “ses idées qui marchent”. Dans la cour du collège, des espaces verts, et, comme point de vue, l’horizon. Etudier en dehors des tours d’immeuble est sans doute un “plus” pour ces élèves d’une “zone sensible”. Mais, surtout, la jeune équipe professorale utilise une méthode alternative d’enseignement et d’évaluation.
La suite sur : http://rue89.com/2007/07/13/au-college-monod-la-reussite-ne-passe-pas-par-les-notes
Famille : biologie ou éducation ?
La question vient, bien sur, des réactions qu’a suscité il y a quelques mois la volonté de mettre en place les tests ADN pour prouver la filiation des candidats au regroupement familial (autrement dit l’identification par les empreintes génétiques des enfants entrant sur le territoire dans le cadre du regroupement familial : loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, publiée le 21 novembre au Journal officiel). J’écarte d’emblée l’hypothèse que l’on pourrait avoir conçu cette loi pour faire a priori un fichier d’empreintes génétiques de ceux que l’on considérerait comme de « futurs délinquants probables ». Il semble en effet que, comme toutes les règles, celle dite du regroupement familial ait été contournée, et, même si ce n’est pas un signe de grande confiance de la part de ce que l’on voudrait être une grande nation, on peut concevoir que l’on veuille vérifier la réalité de la famille concernée par le regroupement.
Les tests ADN peuvent assurément prouver le lien génétique entre deux personnes, et ce de façon quasi certaine. Aussi surement qu’ils peuvent prouver qu’une touffe de cheveux ou un fragment de peau appartient à telle ou telle personne. Mais de même que prouver qu’une personne (ou une partie de cette personne) était présente à un moment donné à un endroit donné ne prouve pas la responsabilité de cette personne sur ce qui s’est passé là, que prouve le test ADN par rapport à un lien dit « familial » ? C’est une question d’importance car organiser un regroupement uniquement génétique n’aurait sans doute pas les mêmes significations qu’organiser des regroupements familiaux…
Ce lien c’est celui des parents biologiques comparé à celui des parents-éducateurs. Dans certains cas, ils sont identiques, sans ambiguïté. Le parent déchu de ses droits (devrais-je dire de ses devoirs ?), resterait quand même le père ou la mère « biologique ». Ceci tend à montrer que l’on considère, donc, qu’il y a bien une différence.
Dans d’autres cas, la vie fait que les enfants ont un parent en commun et pas l’autre. Prenons un exemple au hasard : moi. La mère de mon premier fils a eu une première fille d’un premier lit, comme on dit. Je ne suis pas le père de la fille, mais mon fils l’appelle sa sœur. J’ai, eu, moi, un deuxième fils d’un deuxième lit, (sans préjuger des circonstances de conception… merci d’être attentifs…), et mon premier fils l’appelle (« aussi ») son frère… L’expression demi-frère ou demi-sœur ne lui a jamais convenu. Ce sont des personnes entières, et pas des demi-personnes. Il fait d’ailleurs partie de la famille de son petit frère quand celui-ci la nomme ou la dessine. L’expression demi-frère est pourtant celle qui correspond à la biologie, à la génétique. Non, pour les enfants, même parent (sans S), même famille. Dans certaines situations, je suis sûr que la vie fait que les mères (ou les pères) recomposent, c’est l’expression consacrée, une véritable famille… Là aussi, la biologie ne rend qu’imparfaitement compte de la vie.
Les enfants adoptés ont, il m’a semblé comprendre, souvent besoin de retrouver leurs « vrais » parents. Parfois, à l’issue de cette quête, lorsqu’ils retrouvent leurs parents biologiques, ils ont deux pères et/ou deux mères. Leur vie a tourné autour des parents « de vie », pas des parents « de sang », mais les deux comptent.
Comme vous l’avez compris, je ne prétends pas ici répondre à la question « Est-ce que cette mesure est une bonne mesure ? ». Par hasard, la HALDE a rendu hier son avis sur la loi suscitée, considérant que plusieurs dispositions, dont le test ADN, étaient discriminatoires. Le Conseil constitutionnel, qui ne contrôle pas la validité des lois aux textes internationaux, n’aurait cependant fait aucune remarque sur les dispositifs que la HALDE évoque dans son avis.
Je voudrais juste pour terminer proposer d’autres façons de voir cette question :
Transmettons nous quelque chose de plus important que nos gènes ?
Droit du sang ou droit d’école ?
Est-on de ceux dont on est né ou de ceux qui nous font vivre ?
Est on le parent de nos enfants parce qu’on les reconnaît comme tels ?
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